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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 19:38

OKPhoto prise le jeudi 7 janvier rue du faubourg saint antoine. Paris

Je musarde en me rendant chez Nathalie et je tombe sur une situation au nom prédestiné.

Je ne peux m’empêcher de penser au titre de la pièce de Strindberg La Maison brûlée.

Voici les notes d’une de ses balades :

Une étrange histoire que je ne comprends pas mais que je tiens à me rappeler. Je me réveillais un matin, l'esprit clair, sans savoir pourquoi. Sous l'effet d'une poussée inconsciente, je descendis en ville pour me promener au hasard. J'arrive ainsi dans le quartier où je suis né et où j'ai grandi, je vis l'école maternelle et la grande école, la maison paternelle. 

 

 

Déambulant dans les ruelles, j'en vins à passer devant l'école communale où, pendant mes  études, j'avais été instituteur et brimé. Je revis aussi deux maisons où j'avais souffert comme précepteur. Dirigeant mes pas vers le nord de la ville, j'arrivais à une autre école où j'avais enduré le martyre. Sur une place, je revis une maison où, dans mon enfance, demeurait notre unique relation et qui fut habitée vingt ans plus tard par mon pire ennemi. Je revis aussi la maison où ma soeur s'est mariée, il y a trente ans, puis une autre où mon frère eut à mener un dur combat. Enfin, je me trouvai devant une troisième école où j'avais préparé l'examen qui m'ouvrait l'Université. C'est dans cette maison qu'avait habité un jour mon premier et dernier éditeur. Je revis la maison où, il y a quarante ans, je fus reçu au Conservatoire dramatique et où j'ai présenté ma première pièce, puis la maison où je m'étais marié une première fois. Il commençait à faire clair. Je vis le magasin de meubles où je m'étais installé la dernière fois et je passai devant le domicile occupé il y a trois ans par ma femme et mon enfant. En l'espace d'une heure, toute ma vie s'était déroulée devant moi en tableaux vivants, et il ne me manquait plus que trois ans pour arriver à l'heure actuelle.

C'était comme une agonie, comme l'instant de la mort où toute notre vie défile devant nos yeux. Puis je me rendis dans le nord de la ville où habitent mon dernier enfant et sa mère. Mais une voix intérieure m'ordonnait d'apporter un flacon de parfum à la mère et des fournitures scolaires pour l'enfant, car elle entrait aujourd'hui à l'école enfantine. Alors commença la chasse au parfum. Cela aurait dû être du lilas, mais je dus prendre du muguet. Je voulais acheter des fleurs, mais il n'y en avait pas. J'arrivai chez ma femme, l'appartement était ensoleillé, la table mise pour le café; tout respirait la beauté et le bien-être, le confort et l'amour. Je fus bien accueilli et, pendant un moment, toute ma sombre vie passée me parut abolie. J'éprouvai le bonheur de vivre dans l'instant présent.

 

 

August Strindberg

Extrait de Théâtre cruel et théâtre mystique,

Gallimard, 1964,  pp. 136-137

 

 
OK
par juliette boutillier

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Published by juliette boutillier - dans Paris
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commentaires

RENE TYPO 10/01/2010 22:23


Très sympa ce texte de Strindberg...la maison brûlée, belle métaphore...bravo pour ton blog varié et réussi...j'ai encore bien du chemin à faire pour arriver à cette maîtrise...je t'embrasse.


juliette boutillier 10/01/2010 22:45


hello mister typo rené ou sir tonton. Arrete ton char, nigaud car ton chemin de traverse est tout aussi interressant, sans commune comparaison. Tu sais, je ne maitrise rien du tout et si je
maitrisais je gagnerais beaucoup de sous. Ce qui n'est pas et ne sera peut être jamais. En tous les cas, merci, merci pour les encouragements. Je t'embrase aussi. jul


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  • : Commode brinquebalante où les tiroirs s'ouvrent sur des petits bouts de rien mélangés à de "grandes choses". Un cabinet de curiosité, de partage et d'archivage où s'exposent des objets du quotidien, du ressenti, des vidéos, des paysages sonores ou spectaculaires ... Un carnet de bord un peu "fatraque" où se côtoient les pages arrachées au magazine "Elle" et les extraits d'Eugène Savitzkaya... Un fourre-tout culinaire où se mélange allègrement l'acidulé de l'intime à l'acidité de l'universel ..
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